Prendre le thé avec… Valéry K. Baran

Je souhaitais lancer un nouveau format depuis quelque temps, celui d’un échange avec d’autres auteurs et autrices, comme si vous étiez avec nous autour d’une tasse de thé. Valéry K. Baran ayant une actualité qui me touche particulièrement, l’occasion était parfaite.

Je connais Valéry depuis une éternité et demie (au moins 😉 ). Cela date du temps où elle avait une passion suspicieuse pour Naruto et moi pour Harry Potter. Malgré ces différences majeures de goût, j’ai toujours apprécié sa plume.

Le temps a eu beau passer, cela n’a pas changé et lorsqu’elle a parlé d’un blog tour, j’ai tout de suite pensé à l’un des sujets qui nous tient à coeur toutes les deux. Non, je ne parle pas de l’élection du meilleur fandom ou de l’ultime pairing, mais bien du safe sex.

Quand je parle de safe sex, cela englobe aussi bien le fait de se protéger physiquement que du fait de consentir librement à cette sexualité. Valéry avec ce nouvel ouvrage aborde ce sujet, vu que ses personnages pratiquent le BDSM.

Couverture de l'intégrale de "l'initiation de Claire" de Valéry K. Baran.

Vicky Saint-Ange : Bonjour Valéry, pourrais-tu présenter ton livre, l’initiation de Claire, nous dire de quoi il parle ?

Valéry K. Baran : Alors il d’agit d’une saga de romance érotique BDSM. Ça en dit déjà pas mal.

C’est un roman qui raconte l’histoire de deux héros : Claire, qui sort d’une relation toxique et cherche à se (re)trouver dans une exploration de ses désirs sexuels qu’elle voudrait totalement dénuée de sentiments, et Mathieu, qui est un dominant un peu « bad boy », qui a fait des conneries dans sa vie, qui a trouvé une forme de rédemption dans le BDSM d’abord en tant que soumis puis en tant que dominant, et qui voit soudain son équilibre perturbé par l’arrivée de Claire.

Bien sûr, c’est une romance, mais c’est avant tout un livre très très très chaud !

Quatrième de couverture du roman "l'initiation de Claire" de Valéry K. Baran

VSA : Tu es sensible à la question du safe sex. Ton engagement avec We need more safe sex Books n’est plus à signaler. Alors, comment t’es-tu préparée à écrire ce roman ?

VKB : Pour ce roman, c’est simple, parce que mon moteur d’écriture était déjà là, c’est à dire que j’ai décidé d’écrire ce que je n’avais pas trouvé en tant que lectrice, soit un roman BDSM qui ne soit pas complètement irréaliste quant à l’approche du BDSM (l’approche des auteurs qui ne sont pas dans le milieu, souvent) sans aller non plus dans l’ultra poussé voire trash au niveau des pratiques (l’approche des auteurs qui sont dans le milieu, souvent).

Donc, avant d’écrire, je m’étais énormément documentée, et j’avais en particulier été sur un forum qui a hélas fermé depuis mais que je n’oublierai jamais tellement il était passionnant, parce qu’il avait une énorme partie consacrée à tout ce qui est bonnes pratiques, précautions, consentement, respect, même « philosophie » de cette sexualité, et où les membres s’exprimaient de manière intelligente et riche sur leurs émotions, leurs parcours et leurs sentiments. On retrouve beaucoup de leurs réflexions, d’ailleurs, dans celles de Mathieu et Claire. Et je me suis aussi documentée tout le long de l’écriture (à chaque fois que j’abordais une nouvelle pratique, un nouvel objet, etc.). Pour ça, ce roman est extrêmement documenté.

VSA : Est-ce qu’écrire du safe sex dans un contexte BDSM est différent d’un autre contexte ?

VKB : Tout à fait ! Parce que le BDSM est une sexualité qui peut être « dangereuse », dans le sens où on peut être blessé autant physiquement que psychologiquement. Il y a vraiment des règles de précautions physiques (on ne va pas frapper le dos, où il y a la colonne vertébrale, avec un objet dur comme une cravache, par exemple), des règles de précaution psychologiques (par exemple toute l’attention que pourra avoir la personne dominante sur la personne soumise, qui risque de perdre ses capacités de réflexion ou de jugement au cours de la séance) et des règles très générales (par exemple le fait que toute consommation d’alcool ou d’un autre psychotrope exclut la pratique d’une séance de BDSM).

Ces règles se retrouvent d’ailleurs dans mon livre, parce qu’elles interviennent pour cadrer les actes sexuels entre Mathieu et Claire, bien sûr, mais pas seulement : elles montrent aussi des éléments de leurs personnalités et jouent un rôle dans la façon dont ils se découvrent l’un et l’autre, comment leur relation se construit… C’est vraiment un élément qui intervient dans leur propre histoire de sexe, d’abord, et d’amour ensuite.

VSA : Comment les lecteurs réagissent à ton livre ? Est-ce qu’ils perçoivent le travail que tu as effectué sur l’aspect safe sex ?

VKB : Oui, tout à fait ! Le léger aspect didactique dans l’approche du BDSM a été relevé par de nombreuses lectrices, et ce roman a reçu également plusieurs remarques positives quant à la manière dont a été traité le BDSM. D’ailleurs, c’était l’un des éléments moteurs de l’écriture de ce roman. J’ai tendance à considérer que les meilleurs romans nous apportent deux choses, au choix : soit la plongée dans un univers fantastique passionnant, soit la découverte d’un univers réaliste passionnant. Ici, j’ai choisi la découverte.

Enfin, le fait que Mathieu est un personnage extrêmement attentif sur tout ce qui est sécurité, consentement, etc. (malgré des aspects de sa personnalité plus ingérables sur d’autres choses xD) fait partie des éléments qui ont fait tomber plusieurs lectrices amoureuses de lui (pour celles qui me l’ont dit, en tout cas !).

VSA : Les droits de la version numérique appartiennent à la maison d’édition Harlequin. Elle est plus réputée pour des romances soft et fleurs bleues que pour des romans érotiques BDSM. Est-ce que ta démarche sur le safe sex a joué un rôle – voire était un élément sine qua non pour eux – dans leur publication numérique ?

VKB : Bonne question… Je sais que ça a été apprécié, en tout cas. Mon éditrice me disait que l’une des forces de ce roman était de fédérer autour de quelque chose qui, à la base, n’était pourtant pas fédérateur, et quand j’avais parlé à mes éditrices de l’ouverture de We Need More Safe Sex Books, elles avaient beaucoup apprécié et m’avaient confié qu’elles aimeraient recevoir plus de romans vigilants à ce sujet.

D’ailleurs, Harlequin a été l’une des rares maisons d’édition a vraiment prendre position sur le sujet de la dark romance, et je vais citer ce qu’elles ont dit parce que ça le mérite :

« Nous attachons une importance particulière, à travers notre sélection éditoriale, au respect de la femme, de son image et de son intégrité. C’est pourquoi nous avons choisi de ne pas publier d’histoires d’esclavage sexuel, de syndrome de Stockholm ou toutes celles dans lesquelles la relation entre les héros passe par le viol. Ce sont des sujets graves, que nous ne souhaitons pas traiter à la légère et qui, pour nous, ne relèvent plus du champ de la romance. »

VSA : Selon toi, est-ce qu’il va encore être acceptable dans les années à venir d’écrire des relations violentes et/ou abusives comme étant normales ou est-ce que le safe sex va devenir la norme ?

VKB : Franchement, je pense que ça va évoluer. Les éditions Albin Michel le démontrent d’ailleurs avec leur appel à textes récent demandant des romances motivées par les mouvements #metoo, l’appel de Natalie Portman à la Women’s March de Los Angeles, ou en réaction à L’affaire Weinstein et la ligue du LOL.

Par contre, je pense que ça va se faire lentement, il faut être honnête. Il y a un mouvement à ce sujet, mais il est encore loin d’être généralisé et les romances avec relations abusives montrées comme étant normales et même sexy (parce que, sinon, effectivement, on peut écrire des relations abusives, hein ?) et l’absence de capote étant montré comme étant normal également (au point que les héroïnes en tombent accidentellement enceintes) ont encore un bon public.

VSA : Tu publies la version papier de ton livre via un crowdfunding sur Ulule. Peux-tu nous dire comment tu l’as préparé ?

VKB : Avec énormément de travail !

Il y a eu plusieurs éléments qui m’ont fait choisir de faire un Ulule : le fait qu’on ouvre à peine notre association, pour faire cette publication, et qu’on n’a donc pas de fonds à investir, encore, mais aussi le fait de pouvoir ainsi mieux prévoir d’abord les commandes de livres et de goodies liés. Enfin, c’est quelque chose que j’avais envie de tenter, pour l’aspect « évènement », communautaire… pour le plaisir. Je trouve ça sympa.

Et donc c’est un travail de titan, puisqu’il faut non seulement créer le livre, bien sûr, les goodies, imaginer les contreparties, etc., mais aussi penser de A à Z sa campagne Ulule, créer de belles illustrations, tout calculer, tout prévoir, chercher des partenariats… Honnêtement, c’est titanesque. Mais c’est une super aventure à vivre et, si on est prêt à fournir le travail qu’il faut pour ça, elle vaut le coup.

VSA : Un dernier mot pour convaincre les lecteurs que L’initiation de Claire est le livre qu’il leur faut ?

VKB : C’est hot. C’est psychologique (indispensable pour moi à tout roman érotique qui se respecte). Et c’est intense, autant dans les pratiques sexuelles que dans les sentiments des personnages. Lisez ! 🙂

Pour retrouver Valéry :

J’espère que ce nouveau format vous a plu. N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et à aller voir la campagne Ulule de Valéry.

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